Religions et Spiritualité 
par S. Amanoullah de Vos

Le cœur de l’homme : Lumière

La spiritualité est comme l'émanation parfumée de notre essence, c’est  l'expression du SOI,  la manifestation de notre réalité intime, la dilatation de notre secret, le rayonnement de la Présence divine comme l’air qui nous entoure et pénètre toute choses.

C’est encore la lumière qui rayonne en tout mais en particulier à partir d’un centre qui est le cœur de l’Homme.

En ce sens il est écrit :
« Dieu est la lumière du ciel et de la terre. Sa lumière se manifeste comme celle venant d’une niche (le corps de l’homme) où se trouve un flambeau (la Présence divine) et le flambeau est dans un cristal (le cœur) et celui-ci est comme un astre étincelant. Ce flambeau est allumé à un arbre béni : l’olivier qui ne provient ni de l’Orient ni de

l'Occident et dont l’huile est près d’éclairer sans que le feu la touche. (L’âme naturellement lumineuse)
Lumière sur Lumière ! (la Présence divine sur la prédisposition de l’âme). Dieu guide vers sa lumière qui, il veut. Dieu propose aux hommes des paraboles, Dieu est savant en toute choses » Coran 24-35


Ce texte est intéressant en ce qu’il signale que l’homme est de nature spirituelle : l’âme est comme l’huile lumineuse facile à enflammer, elle est dans la grâce. Sur cette prédisposition intervient néanmoins une autre lumière, une autre grâce, celle de la Présence, celle qui est connaissance. Cette deuxième grâce est celle qui se donne dans les chemins spirituels appelés religions.



Les religions


Sont les gestionnaires de cette lumière répandue sur le monde.
Pour représenter le rapport de la spiritualité aux religions, une autre image est aussi possible.
La spiritualité est à la religion ce que l’eau est à la rivière. L’eau descend du ciel comme une pluie à l’instar des grâces divines dans leur liberté.
L’eau sort aussi de la terre avec la spontanéité généreuse d’une source. Mais l’homme toujours inquiet, a besoin de maîtriser, de posséder, de repérer, de conceptualiser.S’il trouve une source il va essayer de la capter selon son système comme par exemple la mettre en bouteille en plastique !

 

Les religions sont comme les rivières - qui cette fois-ci pour des raisons pédagogiques -  vont capter cette eau, la limiter, la conditionner par des berges afin de la guider vers l’océan…où les berges à nouveau disparaîtront.
L’homme a été créé libre, sans interdiction, sans obligations, dans ce lieu originel appelé paradis qui symbolise cette conscience et cette maturité d’un âge d’or où l’homme vécut heureux dans un état harmonieux qui traduit en fait la conscience et la réalisation de L’Unité de son être avec toutes choses.
Puis comme nous l’avons appris dans la plupart des textes sacrés, surgit tout d’abord une première interdiction :

« tu ne toucheras pas à l‘arbre du milieu du Jardin » ! A cet instant la liberté se limite par une interdiction.

Il n’y a pas encore d’obligations, celles-ci viendront après la fameuse chute d’Adam et Ève.
Les interdictions et les obligations apparaîtront en fait progressivement de plus en plus complexes au fur à mesure que l’homme s’éloignera de L’unité.
Il y a une correspondance fondamentale à remarquer entre cet éloignement de l’unité et la complexité de la vie de l’homme tissée d’interdictions et d’obligations dont les religions feront un code caractéristique de leurs identités.
Avec le temps et le développement du nombre des individus la complexité s’accroît mathématiquement selon une loi bien connue.
L’exemple de cette complexité apparaît nettement dans les prescriptions rituelles et les interdictions imposées dans le judaïsme par opposition aux prescriptions des Upanisad de l’Inde 5000 ans plutôt.

Par Philippe de Vos​ (Sh.Amanoullah)

Retour à l’Unicité
Comme le temps néanmoins est subjectif et cyclique il arrive des phases de retour à l’origine.
Des phases proposées du retour à l’origine correspondant à une simplification comme par exemple le christianisme après le Judaïsme.
Ces moments de printemps dans l’histoire correspondent à la manifestation des grands envoyés divins qui témoignent d’une sorte de pardon divin, d’un retour de grâce.
En arabe comme en hébreux le mot  « tawba » que l’on peut traduire au premier mouvement par repentir veut dire aussi « retour » au sens ou le vrai repentir implique à la fois le retournement de l’homme vers le centre et le retour de Dieu vers l’homme.
Or la racine de ce même mot implique aussi l’idée d’un dépôt spirituel « tabût »  dont l’histoire retiendra des formes aussi variées que celles de : l’arche d’alliance, le Graal ou la Pierre noire de la Mecque. C’est le dépôt de confiance que Dieu donne à l’homme à chaque repentance en tant que nouvelle alliance.
A ce moment les règles des religions changent puisqu’il s’agit d’un nouveau contrat pédagogique adapté à la situation historique de l’homme mais toujours dans la perspective de le reconduire à la réalisation de l’Unicité, à la simplicité originelle.
Les religions apparaissent donc comme cette gestion de l’eau qui est la spiritualité naturelle en l’homme aspirant à retrouver sa liberté originelle, c’est à-dire-la perception de l’Un en toute chose, expression de l’harmonie.

Gérer l’eau, pourquoi ?
Parce Que l’eau peut très bien aussi se disperser, se perdre dans la terre, comme nos élans spirituels se perdent si souvent s’ils n’ont pas une orientation, une discipline, une méthode.
Dans la rivière, l’eau peut organiser son lit, il y a une gestion du flux.
Certes, elle subit le conditionnement des berges et les méandres du fleuve mais c’est ainsi qu’elle est conduite à l’océan.
C’est également ainsi que les religions organisent selon une pédagogie divine l’orientation des forces spirituelles de l’humanité vers l’immensité de la Présence.
Accepter un chemin, une méthode, une discipline peut sembler contraignant en terme de liberté mais c’est à travers ces contraintes précisément qu’il est possible d’être conduit à la libération spirituelle à l’instar de la rivière qui rejoint l’océan.
L’analogie est claire mais évidemment elle a ses limites car pour corser le scénario le Seigneur a créé l’homme avec sa charmante et si caractéristique subjectivité.
C’est pourquoi il y eut toujours comme dans nos civilisations-une législation, des procédures d’apprentissage et d’application plus ou moins pédagogiques et même une police.

​Chari’a, Tariqa, Haqiqa
Ce qu'il est très important de souligner si l’on veut comprendre le sens des religions par rapport à la spiritualité c’est leur rôle d'autoprotection.
Un maître soufi voulant exprimer par une image ce rôle de protection de la LOI religieuse  disait que celle-ci est  comme la coque de la noix de Coco qui préserve le lait qu’elle contient.
La coque est indigeste, dure, mais elle protège le lait qui sans elle serait corrompu.
La loi religieuse, à travers les codes d’interdit et d’obligation, peut donc être comprise comme un vêtement qui protège en nous le don spirituel qui nous a été donné.
En Inde, où les vérités sont exprimées dans leur nudité il existe justement des renonçant, les « sanyasin » qui vivent nus, induits de terre.
Dans les pays du judéo-christianisme et de l’Islam au contraire, les vérités sont voilées et les êtres portent de plus en plus de vêtements.
Il est ,néanmoins, possible de réaliser un équilibre entre ces deux attitudes.
Dans une religion comme l’islam on distingue plus précisément trois degrés de l’extérieur vers l’intérieur.
1 - La Chari’a : la Loi, est l’ensemble des interdits et obligations qui sont destinés à protéger les pratiquants de tout glissement en leur donnant un cadre clair et strict.
2 - la Tariqat : c’est le chemin initiatique, la pratique intérieure d’une expérience spirituelle qui correspond à un dévoilement progressif de l’essence. Il se vit à l’intérieur des confréries soufies.
3 -  la Haqiqah : c’est l‘essence de la vérité, la réalité ultime.
Les spirituels dans leurs appels intérieurs ne séparent pas les trois étapes qui apparaissent au contraire comme organiquement reliées et complémentaires.
L’élan spirituel est soutenu, structuré par une méthode, par un chemin qui conduit à l’expression la plus libre de la spiritualité, au dévoilement de l’essence.
C’est un fait bien connu des maîtres spirituels que l’attitude communautaire des spirituels, comme leur respect de la loi, leur permet d’éviter les glissements très dangereux qui se manifestent régulièrement dans ces expériences du dévoilement.

​Les vérites

En tant qu’enseignant depuis 20 ans je l’ai constaté très souvent. Certains s’envolent rapidement par des ouvertures spirituelles et des états mystiques mais  la descente qui suit est souvent amère.

Tout se passe comme lorsque vous tenez votre main sous le soleil près du sol : vous en voyez l’ombre. Vous choisissez de lever la main plus haute : l’ombre disparaît. Faut-il croire à ce moment que l’ombre a définitivement disparu ? Non, l’ombre revient tant que le corps est là.
Notre identification au corps est la création du mental qui créée à son tour l’illusion.
On pourrait dire : tant que nous ne sommes pas libérés de la servitude du corps nous ne sommes pas non plus libres du vêtement de la loi.
Bien sûr il s’agit non pas de la loi qui est forme rigide, il s’agit de la loi juste en tant que reflet du Cosmos, celle de l’harmonie, celle qui gère le mouvement des planètes, celle qui gère notre corps.
Dans la voie de certains enseignements comme dans le Vedanta par exemple, l’expression des vérités est majestueuse et coupante,  magnifique et sublime.


​Les Vérités mises à nu
cela est souvent terriblement déstabilisant et dangereux. C’est ainsi que certains disciples s’égarent et oublient toute protection en entendant : tu es depuis toujours établi dans le Soi !  Tu es la réalité ! Tu es depuis toujours réalisé mais tu n’en as pas conscience !
On a vu ce qu’a donné « les chemins de Katmandou » où tant de jeunes ont écouté ces vérités de l’Inde avec enthousiasme croyant  se libérer enfin de leurs culpabilités judéo-chrétiennes et ont perdu tous repaires.
Il est bien entendu que cet enseignement du Vedanta est sublime. Il est ultime ! Il est à réaliser ou mieux, il EST.
Mais il reste aussi terrible dans la manifestation majestueuse de sa transcendance.
C’est parce qu’il était difficile à véhiculer dans sa nudité en cette période du Kali Yuga qui est l’hiver de la conscience que d’autres expressions de la spiritualité se sont manifestées sous forme de religions enseignant les vérités par un dévoilement progressif.
Il y a donc une sagesse dans cette pédagogie divine qui a donné les religions venues ensuite telles : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam.
Expérience d’eveil et samadhi
Ayant séjourné en Inde,  j’ai vécu à coté de personnes ayant réalisé des éveils puis des Samadhi qui ont duré des mois. Il fallait s’occuper d’eux comme des petits nourrissons. Ces états sont sublimes mais difficiles à gérer dans la vie quotidienne. J’ai eu la chance dans mon cas de vivre des expériences de Samadhi d’une façon  progressive mais j’ai vécu des retours où je ne pouvais plus bouger ni parler. Dans ces instants la conscience s’identifie à une immensité comme l’océan où plus aucun repère n’existe. Aucun appui n’est possible,  aucune comparaison n’est possible. Ces états de conscience, cette immersion dans l’Etre sont des expressions de cette nudité du réel. On perçoit qu’il n’y pas de séparation entre les choses et que tout est UN. En revenant à soi progressivement il est nécessaire d’intégrer ce qui s’est ainsi dévoilé de l’essence. On est alors comme le plongeur qui est resté longtemps dans l’eau et qui en sortant à besoin de s’envelopper dans sa serviette.
Le vêtement de la religion et de la pratique
est alors très précieux pour nous permettre d’intégrer ce que nous venons de vivre. Cela est même encore plus essentiel quand la conscience s’établit dans la perception que l’on n’est pas un individu séparé, donc que le monde est en nous et nous concerne autant que notre propre corps. Se transformer, se réaliser c’est donc aussi transformer le monde, participer à sa réalisation.

L’unité et la Multiplicité
Toute l’histoire de l’humanité est destinée à nous conduire au dévoilement de notre identité profonde qui est cette essence lumineuse. Elle nous conduit par une pédagogie formidable à l’Assomption de la conscience humaine, à la connaissance de l’unité dans la multiplicité.
Celle-ci se fait  à travers le déploiement d’une seule âme qui s’est manifestée de façon binaire : celle d’Adam et Eve. Elle se déploie dans le scintillement des reflets d’une lumière unique sur les miroirs du monde.
L’âme d’Adam porte l’éducation-mot qui  en arabe se dit - « tarbiya » et qui comme en hébreux est de même racine que « Rabb » : le Seigneur.
L’âme d' Eve porte la Miséricorde maternelle qui fait mûrir la
« Rahma » mot de la même racine que «rahim » la matrice de la mère.
Ces deux pôles de la Présence divine : Majesté de la transcendance de type paternel et Beauté de l’Immanence de type maternel sont les parents du monde.
Nous continuons donc de naître à chaque instant dans un mûrissement qui s’effectue dans le ventre de notre mère cosmique et nous continuons d’être éduqué par le Père cosmique.
Ces deux pôles de la Présence divine se manifestent à travers toutes les influences spirituelles en œuvre dans le monde.

L'âge d'or ou une nouvelle naissance

Cette manifestation bipolaire de la Présence divine semble conduire le monde tout entier vers sa deuxième naissance, celle de l’âge d’or.

Apres l’hiver la vie nous apprend qu’il y a un printemps. C’est l’annonce d’une bonne nouvelle pour ceux qui se sentent perdus mais c’est naturel et évident pour ceux qui sont conscients de la Loi Universelle des cycles.
Dans les différentes religions c’est justement une sorte de fin de cycle annoncée, un renouveau, mais non pas comme celui du retour en grâce par la manifestation d’un envoyé divin qui réadapte l’enseignement éternel. Un renouveau tout entier pour le monde et le cosmos.
La tradition indienne par exemple parle de celui qui vient à la fin du  cycle de Kali Yuga, le dernier avatar – être qui à la naissance possède la conscience et le pouvoir de sa mission.- le Kalki avatara. Celui-ci ne change ni la loi ni aucune chose de par sa propre volonté, il est le témoin et le support d’une transformation qui se fait en son temps et dont il est comme un axe pour l’humanité.
Les Bouddhistes parlent de la même figure en attendant Maytreya.
Les Juifs attendent le Messie, les musulmans attendent et préparent la venue de l’Imam Mahdi lequel préparera à son tour la deuxième venue de Jésus dans sa gloire.
Ces façons de nommer différemment la même figure ne doivent pas voiler qu’il s’agit de la même conscience en œuvre dans le monde. Il s’agit d’une grâce spécifique qui nous conduit tous ensemble -non séparés- à  réaliser que nous sommes tous UN.
Tout se passe comme dans les quatre phases d’une naissance :
1 -  la phase d’osmose dans le ventre de la mère où l’enfant se laisse conditionner
2 -  les contractions ou la phase réactive qui se traduit dans le monde par toutes les guerres
5 -  le retournement de l’enfant qui est la phase d’une action héroïque
6 -  La naissance qui est la convergence harmonieuse de tous les efforts, le moment où tout se déclenche naturellement.

L’avènement de l’âge d’or obéit à cette loi : il y aura la grande bataille d’Armagedon à l’instar des contractions puis le retournement puis la naissance.
Le monde se dirige qu’il le veuille ou non vers cet avènement mais il existe des hommes qui accompagnent ce mouvement et d’autres qui y résistent.
Etre le témoin de son temps devrait consister à prendre conscience de ce mouvement merveilleux afin de savoir comment  l‘accompagner plutôt que de le retarder.
Oui !  Nous sommes prédisposés à cette liberté totale, au-delà des religions particulières, comme l’eau de la rivière se libère des berges à l’océan, mais ceci ne sera possible qu’à l’avènement de l’âge d’or.
En ce temps de l’âge d’or, la spiritualité sera spontanée, le vécu des hommes suivra exactement les lois de l’univers, il n’y aura plus de séparation entre religions et spiritualité. Les hommes danseront en accord avec la musique du cosmos, une musique qui élargit le cœur comme le bleu du ciel et de la mer, un son bleu !